Le vingtain de Brindas et son château médiéval

M. Paul Pelcé, archéologue, fait état de ses recherches concernant le château et le vingtain du village de Brindas. Ce travail a été publié dans le N°191 de la revue « l’Araire » (décembre 2017). La revue est en vente à la Maison de la Presse de Brindas (Régine & Gérard CHOLLIER, 14, place de Verdun).

Nous ne referons pas l’histoire de Brindas puisque celle-ci a déjà abordé dans l’Araire n° 189 de juin 2017. Comme pour l’article sur l’église, l’étude du vingtain et du château médiéval de Brindas repose sur une approche historique et une approche archéologique.

Sommaire

Approche historique

Il n’existe qu’un texte concernant l’état du château de Brindas, mais plusieurs confirment son existence à différentes époques.

On trouve la première mention du château de Brindas dans  l’obituaire[1] de la cathédrale Saint-Jean de Lyon :

Ponce de Vaux, custode de Sainte-Croix, fait un don de vingt livres viennoises pour la réparation du château de Brindas et Messimy[2].

Ce don a été fait sur un testament daté de 1299.

La paroisse de Messimy dépendait de celle de Brindas, on peut donc supposer que la réparation concerne le château de Brindas[3].

Mais le terme ‘’château’’ fin XIIIe siècle correspond-il à l’enceinte ou à un bâtiment appartenant au seigneur ecclésiastique ? Le mot réparation correspond-il à un rafraichissement, une remise en état, suite à une agression volontaire, à l’usure du temps ?

On peut tout de même affirmer par une information textuelle que le château de Brindas existe à la fin du XIIIe siècle.

Dans un terrier[4] datant de 1362, on note la présence d’au moins trois maisons à l’intérieur du château de Brindas, dont l’une est occupée par un clerc. La mention de château de Brindas confirme l’existence de murailles.

Dans un autre terrier[5] de 1505, la description de plusieurs maisons à l’intérieur du château de Brindas nous donne plusieurs informations : la présence de murailles, d’une porte au sud (de vent), d’un cimetière et d’une maison de cure.

La vente d’un terrain au devant du château, le 14 mai 1532[6], à Jean de Talaru seigneur comte de Brindas  nous apprend l’existence d’un fossé à l’ouest et nous confirme qu’il y a une porte au sud-ouest. En 1701 le chanoine comte de Lyon autorise le percement de la muraille nord  du Vingtain de Brindas pour faire une grande porte d’entrée vers l’église[7]. Ce texte apparemment anodin, informe par déduction qu’il n’y avait pas de porte d’accès du vingtain au nord.

La présence d’un fossé au sud est confirmée sur une carte terriste[8]de la fin du XVIIe siècle qui porte la mention, ‘’fossés du château de Brindas’’.

Sur une carte terriste  du milieu du XVIII on cite le mur du vingtain (Fig. 2).

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(Fig. 1) Plan géométral de 1840

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(Fig. 2) Le mur du Vingtain est cité sur une carte terriste

Sur le plan géométral de 1840[9] on observe un écoulement d’eau du nord au sud dans l’actuelle rue du vieux Bourg, puis du sud à l’est en contournant un jardin occupé aujourd’hui par un immeuble, ainsi que l’abside de l’église XIXe siècle Il semble que l’écoulement de l’eau rejoint une source au sud, avant de se jeter dans une pièce d’eau au sud-est du vingtain.

La pièce d’eau, appelée mare en 1881, protégée par un mur au sud et à l’est est comblée après 1912[10]. Cette pièce d’eau est-elle un vestige de l’ancien fossé au sud ?

Le  plan ‘’Etat actuel’’[11] que l’on trouve avec le plan ‘’Projet’’ de la nouvelle église mi-XIXe siècle, montre que le mur de l‘abside a une épaisseur de 1,60 m et que le mur de la sacristie a une épaisseur de 2,10 m (Fig. 3). Ces épaisseurs anormalement importantes pour une abside et un mur de sacristie font penser à des vestiges d’éléments défensifs.

Ce mur de 2,10 m étant situé au sud-ouest du vingtain, il semble bien être un vestige de la porte d’entrée, celle-ci étant placée au sud-ouest dans le texte ci-dessus du 14 mai 1532.

Le mur de l’abside est-il un reste d’une tour demi-ronde qui a été transformée en chœur lors de la première construction de l’église nord-sud ? Cette demie tour ronde flanquée dans l’enceinte protégeait-elle la porte d’entrée ? C’est l’hypothèse que nous faisons.

Il existe des absides servant de défense dès leur construction, comme à l’église de Saint-Germain au mont d’or[12], mais celle-ci elle est normalement orientée, ce qui n’est pas le cas à Brindas et rend difficilement vraisemblable une construction d’un chœur nord-sud à l’époque médiévale.

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(Fig. 3) Extrait du plan ‘’Etat actuel’’ qui montre deux épaisseurs surprenantes

Approche archéologique

Le centre bourg de Brindas est délimité par la place de la Paix au sud, la placette des Ormeaux à l’est, la place de Verdun au nord, et la rue du Vieux Bourg à l’ouest. Cette disposition se retrouve sur le cadastre napoléonien de 1824 (Fig. 4).

Ce quadrilatère conservé nous laisse penser qu’il s’agit là de la trace de l’ancien bourg médiéval, excepté à l’ouest, des maisons ayant été bâti sur le mur d’enceinte.

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(Fig. 4) Cadastre napoléonien de 1824

Nous avons été à la recherche des vestiges du mur du vingtain. Il est présent à l’ouest dans tous les logements de la rue du Vieux Bourg :

Au centre d’un appartement double, au premier comme au deuxième étage, au dessus du 26 rue du Vieux Bourg, on traverse l’ancien mur qui fait à cet endroit 1,40 m, comprenant l’enduit de finition (Fig. 5). Au rez-de Chaussée un vestige de mur est apparent (Fig. 6)

Au premier étage de l’immeuble au 32, rue du Vieux Bourg ont trouve une pièce borgne de 0,968 m. de profondeur.

Dans tous les appartements rue du Vieux Bourg le mur est distant entre 5,40 m au sud et 5,91 m au nord de la façade sur une hauteur de 7,40 m par rapport au trottoir actuel ; son épaisseur varie de 1,40 m et 1,46 m.

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(Fig. 5) Le mur a 1,40 m d’épaisseur

(Fig. 6) Mur visible au 26 rue de Vieux Bourg

Il est visible au sud dans la cave de l’immeuble au 24, rue du Vieux Bourg[13] ; on observe de très grosses pierres au dessus du rocher, en grande parties cachées par un mortier contemporain (Fig. 7).

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(Fig. 7) la base du mur est bâti sur le rocher

Le mur du Vingtain a été découvert en faisant un sondage dans une cour ; son épaisseur est de 1,40 m par rapport au parement extérieur actuel (Fig. 8).

(Fig. 8) Le mur est présent dans le sol d’une cour

(Fig. 9) Vestige du mur d’enceinte

La base du muret côté sud est le vestige du mur médiéval (Fig.  9)

Les murs du château moderne à l’est ont une épaisseur de 1,40 m sur toute la hauteur du rez-de-chaussée, aussi bien dans l’appartement privé au 8 Placette des Ormeaux que dans la salle de mariage de la mairie (Fig. 10).

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(Fig. 10) Mur de 1,40 m.

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(Fig. 11) Le mur est visible dans une cave au rez-de-chaussée de la mairie

Le parement intérieur de l’enceinte à l’est  est visible dans la cave d’un appartement au 8 Placette des Ormeaux (Fig. 11).

Au nord du vingtain, une fenêtre au premier étage de la mairie montre une épaisseur de 0,9 m et en haut du bâtiment situé contre la tour ronde, on observe un petit toit sud-nord dont un plan[14] indique qu’il protège un mur de 1,40 m d’épaisseur.

Les observations et sondages archéologiques montrent le tracé  de l’enceinte archéologique (Fig. 12) appelé vingtain, d’une épaisseur régulière de 1,40 m et d’une hauteur de 7,40 m côté ouest et de 10,40m côté nord. Il ne pouvait y avoir de tour ronde aux angles hors celle existante au nord-est.

(Fig. 12) Tracé du Vingtain

Le château médiéval avait-il des fossés ?

Les manuscrits nous apprennent que l’enceinte est bordée de fossés à l’ouest et au sud, et qu’il y a un écoulement d’eau du nord au sud puis du sud à l’est en contournant un jardin, avant de se jeter dans une pièce d’eau au sud-est du vingtain.

Or, les observations faites dans la cave au sud-ouest montrent qu’il ne peut pas y avoir de fossé profond à cet endroit. Le ‘’fossé du château’’ sur une carte terriste du XVIIe siècle n’est donc pas un fossé profond de protection de l’enceinte, mais un fossé pour l’écoulement de l’eau venant d’une source.

Analyse archéologique de la tour ronde

Elle présente en partie basse deux ouvertures dites à la ‘’française’’ pour tirer au canon, l’une au sud-est et l’autre au nord-ouest qui sont toutes les deux bouchées.

On remarque sur chacune des deux ouvertures un arc de décharge au dessus d’une grosse pierre, elle-même au dessus des pierres en granite formant le ‘’linteau’’[15] ; cet arc de décharge n’est pas en lien avec la grande ouverture bouchée, car moins large (Fig. 13).

Cela semble indiquer qu’il y avait une ouverture moins large. Il paraît logique de penser que des archères existaient avant les canonnières, mais il est étonnant de trouver un arc de décharge sur une petite ouverture.

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(Fig.13) L’arc de décharge montre qu’il protégeait un linteau plus petit.

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(Fig. 14) des créneaux en haut de la tour ?

En partie supérieure de la tour, proche de la toiture et sur tout son pourtour, se trouvent neuf petites ouvertures et une autre plus grande.

En observant ces ouvertures, on s’aperçoit que cinq d’entre elles sont à l’intérieur d’une ouverture plus grande qui a été bouchée. Limitées par deux piédroits, elles sont recouvertes par un linteau en bois (Fig. 14). Nous voyons là le vestige d’anciens créneaux et merlons.

Deux sondages archéologiques

L’un a été réalisé dans un petit jardin à l’est du vingtain et l’autre au pied de la tour ronde.

Le sondage dans le petit jardin, réalisé au pied du mur est, sur une longueur de 1,40 m, nous a livré plusieurs informations et surprises.

Le mur est bâti directement sur le sol rocheux à 1,40-1,47 m., du sol actuel, recouvert d’une faible couche noire.

Notre première surprise a été de constater un remblai au-dessus de la couche noire, dont le mobilier[16] donne un comblement qui a eu  lieu à une époque proche du début du XIXe siècle. Le sol à l’époque médiévale était donc à 1,50 m. plus bas du sol actuel.

La deuxième surprise a été de voir en partie basse un trou important sans linteau, mais avec la présence d’un piédroit au sud. Nous n’avons pas d’hypothèse sérieuse pour expliquer ce trou d’1,00 m.de large et de 0,60 m de haut (Fig. 15).

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(Fig. 15) Un trou en partie basse du mur médiéval

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(Fig. 16) Trois sépultures creusées dans le rocher

La troisième surprise est la découverte de  trois fosses creusées dans le rocher, contenant des ossements humains (Fig. 16).

Deux des sépultures, situées en grand partie sous le mur médiéval, montrent que celui-ci a été construit sur les fosses. Cette découverte est importante, car cela veut dire que la construction du mur est postérieure aux sépultures.

L’analyse par carbone 14 de quelque 400 grammes d’os de la fosse n°1 donne un âge calibré de 990 à 1154 ap. J.-C[17].

L’étude du  mobilier trouvé sous le remblai fin XVIIIe siècle – début XIXe siècle, essentiellement de la céramique commune grise et une céramique à pâte rouge, donne une datation estimée au XIIIe siècle comme TPQ[18].

L’information textuelle nous apprend que le château existait en 1299, les découvertes archéologiques nous confirment que la construction de l’enceinte médiévale se fait au plus tard au XIIIe siècle.

Le sondage réalisé au pied de la tour ronde à l’angle nord-sud du Vingtain, montre que sa base talutée, sur une hauteur de 2,40 m., repose sur des fondations  épaisses bâties elles-mêmes sur le rocher.

Le remblai devant la tour a été réalisé entre la fin du XVIIIe  et début du XIXe siècle, comme pour celui de l’enceinte.

Sa hauteur totale au-dessus des fondations est de 14,10 m hors toiture, montrant ainsi une tour de belle allure défensive.

Le mobilier trouvé dans la tranchée de fondation du mur taluté de la tour, également de la céramique grise, donne comme TPQ[19] les XIIe siècle et  XIIIe siècle et son mortier de joint a de fortes  similitudes avec celui de l’enceinte.

Tous ces éléments archéologiques nous permettent de proposer que la tour a été bâtie en même temps que l’enceinte. C’est là aussi notre hypothèse.

Le château médiéval, lieu de pouvoir seigneurial

Sur une carte postale du début du XXe siècle (Fig. 17) on observe un bâtiment contre la tour ronde,  plus haut que le bâtiment voisin appartenant au château moderne.

Si l’on sait maintenant que ce mur est un vestige du vingtain, peut-il s’agir de l’ancien château médiéval, lieu du pouvoir seigneurial sur lequel a été collé le château moderne ? La forme en fer à cheval en haut de la tour ronde (Fig. 18) est-il un vestige de la liaison avec ce bâtiment ?

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(Fig. 17) BRINDAS (Rhône) La Place – La Mairie – l’Église

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(Fig. 18) Partie supérieure de la tour ronde

Conclusion

Nous avons démontré l’existence d’une enceinte médiévale, appelée vingtain, de 1,40 m d’épaisseur et d’une hauteur variant de 7,40 m à 10,40 m, qui a pu être édifiée au XIIIème siècle au plus tard, avec très certainement une tour ronde flanquée à l’angle nord-est. Cette tour ronde était peut-être associée, dès l’époque médiévale, à un bâtiment seigneurial au nord-est.

Il n’y avait pas de vrais fossés profonds à l’ouest et au sud, mais une déclivité à l‘est dont la base était beaucoup plus bas que le sol actuel : 1,50 m au pied de l’enceinte et 2,40 m au pied de la tour ronde. La porte d’accès était au sud-ouest, et nous faisons l’hypothèse d’une demie-tour ronde de défense de la porte.

Hypothèse du château de Brindas en 1300

Hypothèse du château de Brindas en 1300[20]

Il existe dans l’Obituaire de la Province de Lyon, Tome I, 1er fascicule[21], plusieurs seigneurs portant le nom de Briendas, Briandas, Briandi, Brianda :

Johanne de Briendas, décédé dans les années 1439-1441, Domini Briandi, Guichardus Briandi, Jean le Viste seigneur de Briandas décédé en 1658. Il existe également dans l’Armorial général du Lyonnais, Forez et Beaujolais[22] un Briendas (de), daté de 1473-78, dont le nom venait du château de B.(riandas) en Dombes. Enfin, dans l’Obituaire de la Province de Lyon, Tome I, 2e fascicule[23], on trouve Briandas, dans l’Ain, commune de Chaleins. Toutes ces informations nous apprennent l’existence d’une seigneurie de Briandas, retrouvée grâce à un champ appelé Champ Briandas[24].

Cette seigneurie a-t-elle un rapport avec la seigneurie de Brindas dans le Rhône ?

Une curiosité qu’il nous plaît de rapporter, mais qui est sans doute  fortuite : il existe à côté de la seigneurie de Briendas à Chaleins, la commune de Messimy-sur-Saône, de même qu’il existe une commune Messimy à côté de la commune de Brindas.


[1] L’obituaire est un registre nécrologique d’une communauté religieuse renfermant une liste de donateurs permettant de célébrer des prières et messes pour le repos de leur âme.

[2]  ADR 10 G 2071.

[3] Il y a un débat pour savoir si des murailles existaient à Messimy à cette période.

[4] Terrier Etienne Frères ASR 10 G 2075.

[5] Terrier Valentin ADR 10 G 2078.

[6] ADR 10 G 2060.

[7] Le Vieux Brindas, Chroniques Brindasiennes 1982, p. 8. Texte d’origine non retrouvé.

[8] Le Vieux Brindas, Chroniques Brindasiennes 85-86, p. 10.

[9] Ce plan proviendrait de l’office notarial de Vaugneray (69) ; information non vérifiée.

[10] Archives de Brindas.

[11] Plan prête par Paul Feuga, descendant de l’architecte Feuga, ancien maire de Brindas. Voir le plan complet page 16 du n° 189 de l’Araire

[12] Information transmise par Marie-Pierre Feuillet SRA Auvergne-Rhône-Alpes

[13]  L’immeuble au 24, rue du vieux Bourg a été construit au XIXe siècle.

[14] Coupe de la tour au niveau des fermes, cote 4M 1.1, archives municipales de Brindas

[15] Peut-on parler de linteau quand celui-ci est fait de plusieurs pierres ?

[16] Essentiellement de la céramique

[17] Centre de datation par RadioCarbone Lyon 1 Villeurbanne.

[18] Terminus Poste Quem, date après laquelle a été bâti le mur d’enceinte

[19] Terminus Post Quem : date après laquelle la construction a eu lieu

[20] Dessin 3D réalisé par Denis Rionnet, Brindas

[21] Guigue, G., Laurent, J., Obituaires de la province de Lyon, Tome I, (Diocèse de Lyon, première partie), 1er fascicule, Imprimerie Nationale, Paris, 1933.

[22] Armorial général du Lyonnais, Forez et Beaujolais, librairie  ancienne, Auguste Brun, Lyon, 1860, p. 16.

[23] Guigue, G., Laurent, J., Obituaires de la province de Lyon, Tome I, (Diocèse de Lyon, première partie), 2e fascicule, Imprimerie Nationale, Paris, 1950,  p. 570.

[24] Monsieur Rolland Bernard exploitant agricole à la retraire, habite au 583, chemin de Briandas à Chaleins (Ain).