Des Maîtres pour les Garçons…

Le contenu de cette rubrique est une retranscription du fascicule édité par le Vieux Brindas en 1983, en « souvenir du centenaire » de la construction des écoles publiques à Brindas. Certaines des recherches proposées ici ont pu faire l’objet d’une mise-à-jour par des travaux plus récents. N’hésitez pas à compléter votre lecture par d’autres articles sur le site du Vieux Brindas.

Pourtant, à Brindas, deux traces d’enseignement datent d’avant la Révolution. La première est une ordonnance du 18 juillet 1767, du lieutenant de la juridiction de BRINDAS-MESSIMY et des dépendances, rendue sur le réquisitoire du Procureur de ladite juridiction :

« Il est défendu à une nommée Étiennette dite « Savoyarde » de tenir école et d’enseigner les enfants sans y être autorisée ce dont elle justifiera dans le jour de la signification de la ditte ordonnance, qui porte en outre qu’il sera informé contre elle, en cas de contravention aux-dittes défenses, la ditte ordonnance lue et publiée par un huissier du Comté à l’issue de la messe, le 2 août 1767″.

ordonnance du 18 juillet 1767, du lieutenant de la juridiction de BRINDAS-MESSIMY et des dépendances, rendue sur le réquisitoire du Procureur de ladite juridiction

Faisait-elle partie de ces « instituteurs nomades » qui, pour beaucoup originaires des Hautes-Alpes ont profité de l’hiver pour étudier, et sont arrivés en automne pour se louer? Des « foires aux maîtres d’école » étaient en effet organisées dans certaines communes : le candidat instituteur portait des rubans au bout d’une canne, ou portait des plumes à son chapeau : une plume s’il enseignait la lecture, deux s’il pouvait aussi apprendre l’écriture, trois pour le calcul.

Le second témoignage, de 1509, nous fait rencontrer la famille FUCHEZ ou FUCHIER – une famille de paysans laboureurs qui seront, de père en fils, « luminaires et recteurs » de la paroisse de Brindas, le premier étant Matthieu Fuchez, en 1697. Un acte notarié du 26 août 1734 indique que :

« Claude, frère de Matthieu, et son fils Jean n’ont pas signé pour ne savoir le faire ».

acte notarié du 26 août 1734

Jacques, le jeune frère (1742-1822) sera prêtre constitutionnel, curé de la paroisse de Riverie ; il démissionnera en 1794, se mariera et exercera dans la fabrication d’étoffes.

Des douze enfants de Jeau FUCHEZ et Françoise FOURNEL, l’aîné, Pierre (1759-1839) a sans doute bénéficié de la formation de son oncle Jacques: il exerce, mais, comme le précise un document de la Municipalité (17 août 1788) « II y a un maître d’école, mais il n’y a point de fondation à ce sujet ». Il s’agit bien, en effet, d’un maître libre, sans diplôme, qui pourtant, le 11 avril 1790 se retrouvera greffier (secrétaire de mairie). C’est grâce à lui que nous pouvons aujourd’hui connaître la vie communale de Brindas du temps de la Révolution.

En 1794, sa classe et son logement s’installent dans les locaux du presbytère (qui avaient auparavant accueilli les bureaux de la Mairie – cela avait évité leur vente en qualité de biens nationaux). C’est l’un des fils de Pierre, Étienne (1804-1884) qui lui succéde en 1824. Il obtiendra en 1829 le certificat du second degré et il sera le premier instituteur en titre de Brindas.

UNIVERSITÉ ROYALE DE FRANCE
ACADÉMIE DE LYON
BREVET DE CAPACITÉ POUR L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE
DEUXIÈME DEGRÉ
Nous, Pierre, Alexandre, GRATET-DUPLESSIS, Recteur de l’Académie de Lyon, vu le certificat de bonnes vie et mœurs produit par le sieur FUCHEZ Étienne, vu le certificat d’instruction Religieuse à lui délivré le 21 Mai 1829 par Monsieur le Curé de Brindas, sur le rapport qui nous a été fait par Monsieur MAZIÈRE, Inspecteur de l’Académie chargé de l’examen des personnes qui se destinent à l’enseignement primaire, portant que le dit sieur FUCHEZ Étienne, né à Brindas le 24 février 1804, a été examiné sur la lecture, l’écriture la calligraphie, l’orthographe et les principales règles de l’arithmétique, ainsi que sur les procédés de leur enseignement, et qu’il a fait preuve de la capacité requise pour exercer les fonctions d’instituteur primaire du deuxième degré, lui avons accordé le présent Brevet pour pouvoir être appelé aux dites fonctions d’instituteur, aux termes des articles JO de l’ordonnance du Roi du 29 Février 1816, et 9 de l’ordonnance du 21 Avril 1828.
Délivré à Lyon le 17 Juillet 1829.

Tout ceci ne concernait que l’unique classe pour l’enseignement des garçons.