La portion congrue

Cette rubrique est une retranscription de l’ouvrage « Chronique Brindasienne », édité en 1984 par l’association du Vieux Brindas.

Le curé de Brindas et de son annexe Messimy était nommé par le chapître de Saint-Jean. Un vicaire assurait le service de la desserte. Les chanoines Comtes de Lyon étaient les Seigneurs de Brindas. L’un d’entre eux était titulaire du titre seigneurial : l’obéancier de Brindas (1).

(1) Voir Chronique Brindasienne, Bulletin 1982. Les Seigneurs de Brindas, page 27. 33

Les chanoines comtes qui se recrutaient parmi les plus grandes familles (chaque postulant devait justifier une noblesse de seize quartiers tant du côté paternel que maternel) étaient de riches prélats et représentaient dans l’ordre le haut clergé. Les curés et vicaires, pris en général parmi les roturiers avaient un sort moins brillant. Les curés de campagne vivaient au milieu du peuple, avec les mêmes soucis matériels, ne disposant que des minces ressources de la portion congrue (pension annuelle payée au curé pour sa subsistance). Ce bas clergé se rapprochera naturellement du Tiers-Etat. Les curés de Brindas complétaient le maigre revenu par les produits du jardin de la cure, du travail de lopins de terre et d’une vigne. Aussi leurs plaintes et celles de leur ·vicaire qui étaient encore plus démunis étaient continuelles. Nous notons que déjà en 1450, le partage de la dîme entre le Chapitre et le curé de Brindas fit l’objet d’une transaction. Mais il n’apparaît pas que la répartition ait été équitable. En 1575, Pierre Chonon soulevait le différend et obtint après sa plainte une faible augmentation.

Le tympan du Porche de l'Eglise de Brindas.
Le tympan du Porche de l’Eglise de Brindas. Saint Blaise, patron de l’Église de Brindas, est figuré dans son double rôle de protecteur des enfants, et des animaux domestiques.

« Trois années de bled et six années de vin clairet » au lieu de deux années bled moitié froment, moitié seigle à la mesure du lieu et quatre années de vins, ce qui ne luy pourrait suffire pour son entretement et d’un autre pré qu’il estait contraint d’entretenir salarié ».

En 1656, Jean Lapierre demandait au Grand Conseil de porter sa portion congrue à 300 livres et proposait  »l’abandonnement des biens de la cure » c’est-à-dire le blé et le vin qu’il prenait sur la dîme. Le Grand Conseil, après sommation et vérification du revenu du curé, prononçait un arrêt en sa faveur. L’obéancier, au nom du Chapitre des Chanoines proposait alors en 1657, « pour faire cesser toute plainte de Lapierre et lui donner moyen de subsister, aussi son vicaire, promet de lui donner pour augmentation du rituel de la cure la somme de 135 livres ». Le curé jouira de la même quantité de bichets blé moitié froment, moitié seigle, mais dix asnées (Anée ou asnée, charge portée par un âne = 88 pots ou 93 litres 22 centilitres 35) de vin. Au bas de l’accord on peut lire :

« Et moyennant ce, le dit Lapierre reconnaît qu’il est bien et suffisamment portion né pour son entretien et de son vicaire, se départ du bénéfice et exécution du dit arrêt et consent à la main levée pure et simple ».

Le successeur remettait tout en cause en 1688. Annet Girardière, après même menace « d’abandonnement » se vit octroyer une augmentation de 65 livres qui s’ ajoutait aux 135 livres payées précédemment. L’affaire rebondit en 1747. Claude Vialette, soulevait les droits de novales, dîme prélevée sur les terres nouvellement défrichées et qui de droit, devaient revenir au curé. Après vérification des surfaces en cause l’accord dit:

« Cependant pour éviter frais et discussion, Claude Vialette percevra pour l’abandon des droits de novales une rente de 72 livres annuellement, plus 300 livres pour tenir lieu des arréages de la dite rente de 72 livres depuis le jour de la prise de possession de la cure ».

Le prêtre à particule Pierre de Castellaz lui ne venait pas de la roture . Il était neveu du vicaire général le chanoine comte Jean Antoine de Castellaz et frère de Gabriel de Castellaz qui sera curé de Saint-Martin-en-Haut. Sa famille disposait d’une assez belle fortune. Pourtant il n’a pas fait exception à la règle. Dans une lettre de Janvier 1769, il écrivait au Comte de Castellaz, chantre.

Mon cher cousin,

J’ai toujours vécu jusqu’à présent sur le pied de la transaction de mon prédécesseur.

et il sollicitait l’intervention des grands dignitaires pour un changement ou de rémunération ou de situation. Avait-il été traité en fonction de son rang ? Tout ce que nous savons, c’est que son successeur, le curé Valmier déclarait le 24 février 1790 que :

« Le revenu de la cure de Brindas consiste en une portion congrue de 700 livres payée par le Chapitre de Saint-Jean, un pré situé en Brosse, de revenu annuel de 18 livres sur quoi il faut déduire trois messes d’obite acquittées chaque année, une maison curiale et un jardin de deux couperées ».

Ainsi, tout au long de trois siècles les curés de Brindas, tous, ont eu à intervenir pour obtenir l’amélioration de leur situation. La portion congrue ou part abandonnée par les chanoines-comtes aux prêtres chargés de remplir les fonctions curiales, était du fait de ces grands décimateurs une ressource à peine suffisante pour vivre. Loin d’être « convenable » selon le sens étymologique, l’expression portion congrue finit par désigner tout traitement fort exigu.

Règlement du 6 décembre 1763
Règlement du 6 décembre 1763 par aimable composition des droits de mutation (lods el milods) et des cens (servis) arriérés et arrérages dûs depuis mars 1675 par les curés de Brindas pour un pré et terre dont ils disposaient au territoire du Chirat à Malataverne de la directe (appartenant) au Seigneur de la Feuillade.

Notes

Albert Soboul a signalé que depuis 1786 la portion congrue avait été fixée à :

  • 750 livres pour les curés,
  • 300 livres pour les vicaires, (la Révolution Française, page 65).

Il semble donc que le traitement n’était pas uniforme et Brindas se trouvait placé dans une zone désavantagée.

Nous devons aussi rappeler qu’un des premiers actes de la Révolution en même temps qu’elle décrétait la confiscation des biens du clergé assurait la subsistance des petits curés en leur accordant une solde de douze cents francs avec jouissance d’un presbytère et d’un jardin.


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