La République est à Brindas (1854)

Cette rubrique est une retranscription de l’ouvrage « Chronique Brindasienne », édité en 1984 par l’association du Vieux Brindas. Certaines des recherches proposées ici ont pu faire l’objet d’une mise-à-jour par des travaux plus récents. N’hésitez pas à compléter votre lecture par d’autres articles sur le site du Vieux Brindas.

Chanson historique sur l’air du Marquis de Carabas.

Le texte que nous publions ci-dessous, nous a été obligeamment remis par M. le Maire de Chaponost que nous remercions bien vivement. L’auteur, Neyrin Girard, a noté lui-même les faits qui l’ont inspiré.

« Le premier dimanche de Février de l’année 1854, jour de la fête patronale de Brindas (Fête de la Saint Blaise), les jeunes gens de cette commune portèrent un drapeau sur lequel se lisait l’inscription suivante :

République Française – Liberté, Egalité, Fraternité – Commune de Brindas (Rhône)

L’exhibition de ce drapeau valut à cette commune la destitution de son Maire* et à moi le sujet de cette chanson.

Au dessous d’Yzeron,
Entre Craponne et le Garon,
Un village ignoré
Ayant pourtant Maire et Curé,
Ne veut pas, c’est charmant,
De tout gouvernement
Qui veut faire oublier
Celui de Février.
Chapeau-bas, chapeau bas,
La République est à Brindas.

Dans ce village un soir,
Pendant la fête on a pu voir
Flotter un beau drapeau
Sans aigle et sans petit chapeau.
Ce drapeau porte encor,
Ecrit en lettres d’or
Le symbole divin
Du vrai républicain.
Chapeau-bas, chapeau-bas,
La République est à Brindas.

Sous ces plis ondoyants,
Des jeunes gens gais et bruyants
Au son du tambourin
Dansaient en se donnant la main.
Chez eux point de mouchards,
De traîtres, de cafards
On vit en liberté
Avec sécurité.
Chapeau-bas, chapeau-bas,
La République est à Brindas.

Qui sait si de Brindas
Un jour il ne sortira pas
Quelque grand citoyen
Coiffé du bonnet phrygien,
Un nouveau rédempteur,
Un grand agitateur,
Dont le geste et la voix
Feront trembler les rois.
Chapeau-bas, chapeau-bas,
La République est à Brindas.

Brindas, sainte cité
Ton nom bien haut sera cité.
Déjà plus d’un mortel
Dans son cœur te dresse un autel
Digne sœur de Sion,
Que Paris et Lyon
Sont petits près de toi
On leur dicte la loi.

Girard Neyrin

* En réalité, le Maire Claude Brun a donné sa démission immédiatement après et par arrêté du Préfet du Juillet 1854 a été remplacé par Christophe Fahy.

L’auteur

Girard Neyrin, né à Chaponost le 14 novembre 1817, avait de sérieuses racines brindasiennes. Les liens de famille, tant du côté paternel que maternel, montrent que ce n’est pas par hasard que notre auteur fut présent à Brindas à la foire patronale de Février 1854.

Son père, du même nom, Girard Neyrin, cordonnier de son état, avait épousé à Brindas, le 24 mai 1815, Antoinette Benoît d’une lignée présente à Brindas depuis le XVIe siècle.

Notre auteur, qui aurait pu prétendre à une certaine célébrité, s’il avait émigré en ville, est toujours resté fidèle à son enfance passée à garder les moutons. Il s’était fait canut pour rester à la campagne.

En 1882 (8 avril), l’Ancien Guignol lui avait consacré un article dont est tiré cet extrait :

En ce temps-là, de commune à commune on se battait sans savoir pourquoi. Neyrin fait retentir sa voix. On court pour l’écouter. Les jeunes gens le recherchent et se réunissent autour de lui. Ils apprennent à chanter. Bientôt ils se rendent dans les communes voisines. Ceux qui les repoussaient jadis avec une grêle de pierres et de cailloux, les accueillent aujourd’hui avec des applaudissements. On entre au cabaret, on chante tous en chœur, on trinque ensuite, puis on finit par se donner l’accolade. De ces réunions intimes est née la fraternité. Peu à peu se sont organisés les orphéons. Les communes à l’exemple des grandes villes, ont voulu avoir les leurs : Givors, la Demi-Lune, Soucieu-en-Jarrest, etc … Ce qu’on n’avait pu détruire par les lois est vaincu par le chant d’un joyeux refrain.

Mais Girard Neyrin, las de rimer des poésies rustiques, abordait volontiers la satire. Il invoque la vieille muse gauloise et fut exaucé. Comme tout change: ce poète sentimental va désormais provoquer, par ses refrains comiques, des accès de fou rire.

Une de ses petites bouffonneries est restée célèbre. Un jour de l’année 1860*, les conscrits de Brindas, drapeau en tête, se promenaient majestueusement par le village : Neyrin, par hasard, vint à passer en ce moment. Il risque un coup d’œil sur cet étendard plus que fané et y lut en toutes lettres « République Française ».

Du coup, Brindas devint subitement célèbre. Cela lui valut de la part de Neyrin une chanson fameuse intitulée: Chapeau bas: – La République est à Brindas.

Tout Lyon a chanté: Chapeau bas; et quelque beau dimanche Brindas s’est réveillé bercé par ce refrain ironique; des canuts de Soucieux, des regroleurs de Saint-Laurent, traversaient le village en chantant: Chapeau bas; l’élan était donné, et aujourd’hui encore bien des loustics se croiraient déshonorés s’ils passaient par Brindas sans chanter Chapeau bas.

L’ANCIEN GUIGNOL, 8 AVRIL 1882

* Erreur de date

Les Neyrin

Les Neyrin, famille de maçons-charpentiers étaient présents à Chaponost au XVIIe et XVIIIe et à Brindas au XVIIIe. Comme tous les artisans de l’époque, les Neyrin n’avaient pas entièrement abandonné le travail de la terre et on les trouve souvent ajoutant à leur art le travail de paysans ou vignerons. plusieurs signatures au bas des actes paroissiaux ou notariaux, d’une cursive ferme, bien déliée, nous permettent de penser que le degré de culture chez les Neyrin était d’un certain niveau inhabituel dans nos campagnes où la formule la plus courante était « n’a pas signé, pour ne savoir le faire ». Les maçons et charpentiers au rôle indispensable pour édifier château ou grande demeure ou maison de paysans ont de tout temps représenté une élite artisanale. Gérard Neyrin, notre auteur, a donc vu le jour dans un milieu traditionnellement évolué. Nous avons retrouvé certains membres de cette famille :

  • René Neyrin (1657 -1739) maistre maçon et charpentier. En 1689, il était chargé de construire l’ancienne église de Chaponost et en 1693 il est désigné comme « prix facteur » de l’Eglise et collecteur des tailles imposées aux habitants pour le paiement des travaux. .. .’
  • Pierre Neyrin, maître maçon et charpentier, possède en 1750 une maison au centre de Chaponost. En 1727, ce Pierre Neyrin est venu à Brindas, par deux fois, témoin des démêlés de Renaud Mathevon à qui le capitaine-châtelain de Brindas refusait la main de sa fille, Marie Chalon de Gonté ().
  • René Neyrin est mentionné en 1793, notable de Chaponost.
  • René-Louis Neyrin s’installe à Brindas vers 1740. Il est à la fois, maçon et charpentier, marchand et vigneron. Il a acquis en emphythéose du Seigneur Jacques de Saligny de Saint-Aubin, grand sacristain de l’Eglise Comte de Lyon, un tènement consistant en maison haute, moyenne et basse avec grange, fenière, écurie, cellier, cour et jardin situé au territoire de la Place et trois autres fonds de vigne et pré au territoire des Ruettes à l’angle formé par la Montée du Clos et la Montée de la Bernade, appelée alors ruette du Gourd. (à cet emplacement, la municipalité actuelle [1984] a en projet la construction d’une salle des fêtes et de réunions.)

(0) Voir Abbé Jomand, Chaponost en Lyonnais, page 320.