Un ROMAIN aux POCHES PERCÉES ?

Dossier établi par Marc DANIEL - Mise à jour du 19 janvier 2013

En savoir plus sur la pièce trouvée: nummus, follis, centenionalis ?

l'Atelier de LVGDVNVM

Monnaies romaines

Moteur de recherche

 


 

Détails sur la nature de la pièce trouvée à Brindas en 1998

 

Au bord de l'Yzeron, sur la commune de Brindas, non loin du Pont Chabrol, nous avons trouvé en 1998 après un gros orage, dans le sable de ruissellement,

 une vieille pièce très abîmée, recouverte d'une couche verdâtre:

 

Avers de la pièce trouvée

avant et après nettoyage

Revers de la pièce trouvée

avant et après nettoyage

Diamètre de la pièce:  +/- 1,6 cm en fonction des parties usées ou brisées

Il est très difficile d'identifier avec certitude cette pièce qui pourrait être soit un centenionalis ou  nummus (ou un follis)  en cuivre ou en bronze, compte-tenu des couches de vert de gris trouvées sur la pièce. C'est certainement une pièce de la période des empereurs "Constantiniens" (ou "Seconds Flaviens") compte-tenu de l'inscription "CONSTANTIVS" ou "CONSTANTINVS" à demi identifiable... précédée de D N FL? (Dominus Noster Flavius ? ) qui pourrait se traduire par Notre seigneur Flavius Constantius ou Constantinus ce qui pourrait éventuellement correspondre soit à CONSTANTIN II ( Flavius Claudius Julius Constantinus César ayant régné en Occident de 337 à  340) soit à son frère CONSTANCE II  ( Flavius Julius Valerius Constantius César ayant régné en Orient de 337 à  361 puis sur la totalité de l'Empire de 353 à 361). Il est à noter que beaucoup de pièces ont été frappées à l'effigie de ces deux césars dans les officines de l'atelier de LVGDVNVM entre 337 et 340 après J.C. Mais on trouve surtout des pièces frappées à Lyon sous Constantin II.  Il est possible d'effectuer des comparaisons avec des pièces provenant de l'atelier de Lyon et datant de la même période et utilisant le moteur de recherche de pièces romaines suivant: (choisir "Constantin 2" puis atelier de "Lyon") :   http://www.nummus-bible-database.com/

Sur le côté gauche du revers de la pièce, on croit déchiffrer les lettres L O R de GLORIA ? mais cela reste à prouver (ce qui pourrait être une partie de la formule traditionnelle trouvée sur de très nombreuses pièces de cette période: GLORIA EXERCITVS "La gloire de l'Armée")

Description de l'avers: Buste lauré et cuirassé de Constantin II, césar à droite, vu de trois quarts en avant...

Description du revers: Deux soldats, vêtus militairement, tenant chacun une haste renversée de la main droite et un bouclier de la main gauche, debout face à face avec entre eux un seul étendard militaire... (contrairement à une multitude de pièces qui en comptent deux...)

 


Exemples de monnaies romaines contemporaines de cette pièce - centenionalis - denier - follis - nummus - sesterce - silique - sou ou solidus


     


Ci-dessous quelques exemplaires de monnaies datant de la période des "Constantiniens":

 

Centenionalis ou follis ou nummus en cuivre ou bronze daté à partir de 337 après Jésus-Christ  sous Constantin II (empereur romain d'Occident de 337 à 340) - Monnaie frappée dans l'atelier de Lyon (LVGDVNVM) - 1,70 g

Ce "centenionalis" ou "nummus" est le modèle  qui se rapproche le plus de la pièce que nous avons trouvée en 1998 (surtout pour le revers). Cette version est très rare, il n'en a été recensé que 3 exemplaires à ce jour dont celle ci-dessus, la seule photographiée actuellement...

Par contre sur l'avers, on ne trouve pas les lettres D N FL précédant Constantius ou Constantinus... Notre pièce est donc une autre version que nous n'avons pas encore trouvée parmi les collections disponibles en ligne...

Texte de l'avers: CONSTANTINVS IVN NOB C (Constantinus lunior Nobilissimus Caesar) Traduction: "Constantin le jeune très noble césar"

Texte du revers: GLOR-IA EXERC-ITVS/ -I-//PLG (Gloria Exercitus) Traduction: "La Gloire de l'armée"

Follis en bronze datant de 312 après JC  sous Constantin Ier - Monnaie de Rome - 4,50 g

Semis en or  datant de 312 après JC  sous Constantin Ier -  fabriqué à Rome - 2,34 g

Solidus en or  datant de 315 après JC  sous Constantin Ier -  fabriqué à Ticinum - 4,41 g

Solidus en or  datant de 324 après JC  sous Constantin Ier -  fabriqué à Thessalonique - 4,51 g

Solidus en or  datant de 336 après JC  sous Constantin Ier -  fabriqué à Constantinople - 4,19 g


Le sesterce

Le sesterce était une monnaie romaine en usage pendant la période antique. Ce fut aussi une unité de compte comme à notre époque le dollar ou l'euro : dans la littérature latine, les grosses sommes (patrimoines, revenus fiscaux, trésor public) sont exprimées en sesterces. Il remplace l'as dans ce rôle au milieu du IIe siècle av. J.-C. (dans les premiers livres de Tite Live, la fortune des citoyens ou les amendes sont encore évaluées en équivalent de livres de bronze ou as libraux).


Le DeNIER

Le denier, du latin denarius, était l'une des monnaies de base du système monétaire de l'Empire romain. Il s'agissait d'une pièce d'argent, d'un poids d'environ 3 à 4 g selon les époques. Le terme de denier a survécu à la chute de l'Empire romain et a continué à être utilisé de l'époque carolingienne à la Révolution française dans le cadre du système monétaire livre-sou-denier usité sous l'Ancien régime. Le Denarius est aussi la monnaie à l'origine du Dinar, encore utilisé aujourd'hui en Europe en Serbie depuis 1920 et dans de nombre pays du Maghreb et du moyen-orient.


 LE FOLLIS (Pluriel: Folles) ou nummus (Pluriel: nummi)

Le follis (pluriel  : folles) est une pièce de bronze introduite dans l'Empire romain vers 294, lors de la réforme monétaire de Dioclétien. D'un poids d'environ dix grammes, elle contenait 4 % d'argent, généralement sous la forme d'un placage. Le mot follis désignait à l'époque un sac, généralement fait de cuir, utilisé à l'époque pour contenir une quantité donnée de pièces.

À l'époque de Constantin, le follis était de plus petite taille, et ne contenait presque plus d'argent ; d'autres frappes de monnaies de bronze ont eu lieu à l'époque, mais les historiens et les numismates débattent encore de leur dénomination exacte. On parle donc d'AE1, AE2, AE3 et AE4 pour désigner les différents types de monnaie de bronze frappés sous Constantin, par ordre décroissant de diamètre (AE1 mesurant 27 mm et AE4 15 mm).

En 498, la réforme monétaire d'Anastase réintroduisit l'usage du follis, sous la forme d'une pièce de bronze. Il continua d'être en usage dans l'Empire byzantin, sa valeur étant d'1/24 de kération (monnaie de compte), soit 1/288 de nomisma.

Le follis a donné en arabe le fals et le fils (pluriel fulûs), lui-même à l'origine du flouze argotique.

Il y a environ 35080 folles ou nummi enregistrés sur la base de données des monnaies romaine...


LE CENTENIONALIS

Les  centenionalis en bronze étaient des pièces de monnaie, résultats des tentatives de Constance II (Empire romain d'Orient - 337-361) et Constantin II (Empire romain d'Occident - 337-340) de réintroduire de plus  grandes pièces de monnaie de bronze entre 337 et 340 après Jésus-Christ. Comme le Follis avait à cette époque diminué sensiblement, ce type de pièce de monnaie  avait perdu sa valeur. Les numismates ont catégorisé ces  pièces de monnaie de bronze  sous cette dénomination. Le centenionalis, cependant, n'a pas duré longtemps. Vers la fin du règne de Théodose Ier le Grand (378- 95), seules les variétés plus petites de pièces de monnaie de bronze étaient frappées du format AE1 à AE4...  (AE1 mesurant 27 mm et AE4 15 mm)


LA SILIQUE

La silique est une petite monnaie romaine d'argent dont la frappe a commencé au IVème siècle de notre ère pour se prolonger à Byzance au cours des siècles suivants.


Le sou d'or ou solidus aureus

Unité monétaire de l’or à partir de 312. Constantin fixa la taille du sou (solidus aureus) à 72 par livre romaine (327,45 g), soit au poids de 4,55 grammes. L’abondance des émissions du sou, son excellent aloi et la régularité de son poids lui assurèrent un grand succès. Il eut pour sous-multiple le semis ou semissis, rarement frappé, du poids de 2,27 grammes, et le triens ou tremissis, tiers du sou, du poids de 1,52 gramme, qui sera très abondamment frappé à l’époque mérovingienne.
Il existe exceptionnellement, à titre de médailles commémoratives, des multiples du sou. Ce sont des pièces de 2, 3, 4, 8 sous, ou plus, offerts par l’empereur à des généraux, des ambassadeurs, des rois barbares. L’usage se poursuivit sous les Byzantins. En Gaule, Grégoire de Tours parle de médaillons de 72 sous (une livre) que le roi des Francs, Chilpéric Ier, aurait reçus de l’empereur. La taille ordinaire du sou à 72 par livre fut conservée par les Byzantins. En Gaule, on passa très vite à la taille de 84 par livre, en altérant l’aloi du métal, ce qui nécessita pour les paiements l’usage de la balance et de la pierre de touche, et explique les stipulations de paiements en solidos probos et bene pesantes.
La frappe de l’or, privilège impérial par excellence, ne fut reprise que très progressivement par les souverains mérovingiens : on n’en a guère d’exemples avant le milieu du VIe siècle. Puis on assiste à une multiplication des ateliers qui échappent à l’autorité royale, répondant sans doute à un besoin de monnaie. Plus que le sou, on frappe le tiers de sou, dont le poids et l’aloi ne tardent pas à décliner : le tiers de sou constantinien contenait 1,51 gramme d’or ; au VIe siècle, il ne pèse plus que 1,29 gramme ; à l’époque carolingienne, 0,92 gramme, encore contient-il une notable quantité d’argent et simplement 0,40 gramme d’or fin.
Les Carolingiens s’efforcèrent de réaffirmer le monopole royal de la frappe des monnaies, surtout de la frappe de l’or. Mais la raréfaction du métal précieux était telle que la frappe de l’or allait cesser en Europe pour plusieurs siècles, alors que les conditions politiques favorisaient une dispersion monétaire complète avec les monnaies féodales.
Ce qui resta de la réforme carolingienne, c’est la transformation du sou en monnaie de compte avec sa valeur fixée à 12 deniers, qui sera réalisée, sous Saint Louis, avec la frappe du gros sou.


Liens vers sites traitant le sujet

Lien vers sou trouvé en Gironde     Numismatique     Monnaies sous Constantin


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L'atelier de LVGDVNVM - sigles sur les pièces: LVG, LVGD, LVGPS, PLG ou SLG

Un premier atelier monétaire est créé à LVGDVNVM dès 43 avant J.C., année de fondation de la future capitale des Gaules par Munatius PLANCVS. On connaît notamment un "quinaire" frappé sous Marc Antoine cette année. En 36 avant J.C. ont été frappés des "dupondius" aux bustes adossés de César et d'Octave.

Un second atelier monétaire est créé en l'an 15 avant J.C. à LVGDVNVM lorsque l'empereur Auguste réorganise le monnayage de l'Empire. Il deviendra l'un des plus grands du monde romain et frappe de très nombreux types de monnaies romaines.

L'atelier de Lyon est promu au rang d'atelier monétaire impérial en l'an 15 avant J.C.

Cet atelier n'ayant laissé que très peu de traces, a toutefois été situé sur la colline de Fourvière (Emplacement de l'ancienne Lugdunum) dans le quartier actuel de Saint-Just (Lyon-5ème). La grotte Bérelle, grande citerne (ou "conserve d'eau") romaine souterraine (16m x 15m x 3,6m  d'une contenance de 440 000 litres) située sous l'esplanade du Lycée Saint-Just et sans doute alimentée en eau par l'ancien aqueduc de l'Yzeron, pourrait correspondre à la réserve d'eau de la caserne de la cohorte urbaine affectée à la garde de l'atelier monétaire ...

En effet, l'inscription épigraphique de la tombe d'un légionnaire a révélé que ce dernier avait été affecté à la cohorte XVII "lugdunensis ad monetam", cette expression montrant bien le rôle particulier de la cohorte, assurant la sécurité de l'atelier monétaire.

Les premières émissions furent frappées par les généraux romains Lucius Munatius Plancus, Antoine puis Octave-Auguste. Octave devenu l'empereur Auguste, à partir de 14 avant J.C., l'atelier change alors de dimension, afin de subvenir à la solde des militaires cantonnés en Gaule ou dans les régions rhénanes notamment .

L'atelier ferme en 78 après J.C., pour ne rouvrir que très temporairement en 197 après J.C., sous Clodius Albinus. Il faudra attendre la fin du IIIe siècle sous Aurélien, probablement en 274, pour que l'atelier reprenne réellement du service, du fait du regain d'activité des légions à payer en ces périodes troublées.

L'atelier joue à nouveau un rôle capital pour la production des monnaies officielles de l'Empire. Cependant à partir de 294, le pouvoir impérial décide de créer un atelier monétaire à Trèves, et l'atelier de Lyon se retrouve ainsi réduit au rang d'atelier complémentaire. Les activités de production se poursuivent durant le IVe siècle et jusqu'au début du Ve siècle, vers 413.

Cet atelier est resté fermé entre 325 et 330 après J.C. La production reprend en 330 avec de nouveaux types de pièces, en particulier pour CONSTANTIN Ier auguste et les césars CONSTANTIN II et CONSTANCE II avec le fameux revers "Gloria Exercitus" (sans doute celui de la pièce trouvée à Brindas...) qui sera frappé jusqu'au début des années 340. Pour la première émission, le docteur Bastien avait recensé en 1982 jusqu'à 237 nummi différents avec ce revers.

Moteur de recherche de pièces romaines:       http://www.nummus-bible-database.com/


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Pierre Bastien, Le monnayage de l’atelier de Lyon, de la réouverture de l’atelier par Aurélien à la mort de Carin (fin 274- mi 285), Numismatique romaine, IX, Wetteren, 1976, 287 pages, 63 planches, 550 francs.

L’œuvre du Docteur Pierre Bastien est certainement une des plus brillantes en numismatique romaine de ces dernières décennies. Le volume consacré en partie à Aurélien couvre la période allant de la réouverture de l’atelier en 274 à la mort de Carin. Pour Aurélien et Séverine, les monnaies frappées à Lyon sont peu communes et occupent par conséquent une faible place dans ce corpus. Néanmoins, chaque type monétaire est précisément décrit et la provenance de tous les exemplaires connus de l’auteur est indiquée. Beaucoup de monnaies sont reproduites sur les superbes planches. Chacune des trois émissions du règne d’Aurélien est précisément définie.

Ce corpus est un exemple de ce qui devrait être fait pour tous les autres ateliers de l’Empire. La méthodologie du Docteur Bastien influence encore de nombreux chercheurs dans leurs travaux, même si ces derniers ne concernent pas le monnayage de Lyon.


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